Editions d'autre part, 2016.

"Huit nouvelles, huit femmes, huit représentations de la rupture invisible, mais infranchissable, entre ce que l’on est et ce que l’on montre." (Nicolas Couchepin)

   

Certaines se laissent emporter par des désirs impétueux, d'autres voient leur élan freiné par les circonstances de la vie, voire stoppé en plein vol.
En Inde, en vacances dans le Midi, aux funérailles de la grand-mère, face à un chien féroce ou chez un hypnotiseur ambigu, l'auteure nous fait ressentir tout en finesse les vibrations palpitantes du quotidien contemporain. 

Finaliste du Prix Edouard Rod 2016.

 

 

 

On en parle:

Interview avec Sita Pottacheruva dans l'émission Radioliteractif du 15 novembre 2016, sur Radio Cité.

Dans Zone critique sur Espace 2, avec Geneviève Bridel, Isabelle Rüf, Julien Burri et Anik Schuin (dès 10', 26 juin 2016).

Au micro d'Anik Schuin et avec Julie Guinand dans l'émission Entre les lignes sur Espace 2 (9 juin 2016).

Elisabeth Jobin dans Le Temps (28 mai 2016) - lire ci-dessous.

Isabelle Rüf dans Le Phare, journal du Centre culturel suisse, n°23 (p. 36, avril 2016).

Jean-Marc Theytaz dans Le Nouvelliste (29 avril 2016).

Thierry Raboud dans la "Sélection" de La Liberté (16 avril 2016).

Alain Bagnoud sur son blog (8 avril 2016).

Eric Bulliard dans La Gruyère (6 avril 2016).

Marianne Grosjean dans la Tribune de Genève (1er avril 2016).

Critique d'Eugène Ebodé dans Le Courrier (24 mars 2016).

Interview de Laurent Pittet sur le site de la revue Roaditude (10 mars 2016).

Geneviève Bridel dans les Matinales, RTS, à 16'42'' (5 mars 2016). 

Le blog de Francis Richard (4 mars 2016).

Lecture de la nouvelle "L'appel" dans l'émission Dernier rêve avant la nuit, à 4'03'' (26 février 2016).

 

 

Les élans du corps de la Genevoise Anne Pitteloud

Huit petits textes pleins d'énergie narrative. 

Par Elisabeth Jobin

Critique littéraire au quotidien genevois Le Courrier, Anne Pitteloud signe avec En plein vol son premier recueil de textes. Du journalisme, elle retient ainsi la forme courte: ses huit nouvelles s’appréhendent comme autant de petites fulgurances interceptées, effectivement, en plein élan, débordantes d’énergie narrative. Une énergie qui irrigue tant le texte que les personnages qui les traversent, si bien que l’auteure donne l’impression d’écrire ses histoires à partir du corps – comme des rappels à une sensualité qui se fait tour à tour discrète ou spontanée.

Les récits d’Anne Pitteloud sont faits d’images et de sensations: ses héroïnes veulent sentir «la nuit sur leur peau», elles se recroquevillent «dans le murmure consolateur de l’eau», se découvrent un «désir vaste comme le monde». Toutes femmes, toutes habitées d’une voix intérieure à laquelle elles prêtent une attention plus ou moins distraite, elles incarnent des situations que l’auteure n’hésite pas à relever d’un peu de fantaisie, d’érotisme ou de drame.

En couple

Ainsi des relations de couple, omniprésentes dans le recueil, que rongent l’incompréhension ou l’éloignement affectif: où se trouve le point de rupture? C’est précisément ce que tente de définir la jeune femme au centre de la nouvelle intitulée «Chiens». Elle tend un parallèle entre le souvenir de la bête l’ayant attaquée petite fille et la violente dispute qu’elle vient de vivre avec son compagnon. Anne Pitteloud prend néanmoins soin de brouiller les métaphores trop évidentes: car qui est le chien, dans cette histoire? Est-ce son ami, qui cède aux actes impulsifs, ou cette femme à qui on reproche de déployer une attitude réprobatrice envers son homme?

Camouflage

Quant à la narratrice de la nouvelle «Vacances», elle reporte ses idéaux de couple sur un homme qui n’en demande pas tant. Camouflant son doute sous des rêves lointains, elle prend néanmoins garde à ne jamais l’admettre: «Je nous vois déjà pédaler dans le bruissement des insectes, je peux déjà presque sentir l’odeur de terre brûlée par le soleil, des bouffées d’enfance», fabule-t-elle dans la nuit provençale, tandis que son compagnon s’est endormi après avoir fumé un joint. Douce désillusion.

Sauvagerie

Il apparaît bientôt que le mouvement de ces textes est intérieur. Leurs nœuds, plus que dans des prises de conscience, se trouvent dans le regard que l’auteure porte sur la situation. Il arrive pourtant que l’agitation sentimentale se fasse plus visible. C’est le cas de cette avocate exemplaire qui découvre, un matin, un croissant de lune bleu marin comme tatoué sur son avant-bras. Il s’agit d’un «appel» – c’est d’ailleurs le titre de la nouvelle – qui ne cessera de s’intensifier. La lune grandit pour se métamorphoser en fleur, puis la fleur s’étend en un jardin, dont le dessin sauvage couvre finalement le corps de la jeune femme, oublieuse de ses désirs.

Au féminin

Car l’une des particularités de ces nouvelles est d’être portées par un point de vue féminin, dans la mesure où Anne Pitteloud puise dans le vocabulaire du corps. Et ce sont là des mots qu’il nous est rarement donné de lire. Cette liberté, certes nécessaire, manque parfois de rigueur dans la structure même de l’ouvrage, et on regrette notamment que le recueil s’ouvre sur une nouvelle érotique, trop spectaculaire en regard des voix qui suivront. Mais plus encore qu’un positionnement féminin, on retient la maîtrise de la forme courte: phrases mesurées, césures et ellipses pour équilibrer les textes qui forment finalement un ensemble harmonieux, où chaque nouvelle trouve sa place.

In Le Temps, 28.05.2016

Anne Pitteloud, En plein vol, Les éditions d’autre part, 142 p. ****