Cela fait vingt ans qu’Ella Maillart (1903-1997) s’est éteinte. A cette occasion, les Editions Zoé publient son dernier livre jusque-là inédit en français, Au pays des Sherpas. Ecrit d’abord en anglais et traduit par l’auteure elle-même, il relate son ascension clandestine au lac sacré de Gosainkund en 1951, dans un Népal qui s’est ouvert aux étrangers deux ans plus tôt seulement.

Ella Maillart est alors une exploratrice reconnue. Ses élans vers l’ailleurs l’ont emmenée dans les régions les plus reculées d’Asie, des steppes soviétiques au Turkestan chinois en passant par l’Inde. Sur ces routes aventureuses où elle a été pionnière, sa trajectoire fait écho à un cheminement intérieur où la quête de sens va de pair avec une recherche de vérité.

Dans Au pays des Sherpas, elle tente de comprendre la vie quotidienne et spirituelle de ces Tibétains de l’Est réputés pour être des guides exceptionnels. La première partie détaille leurs coutumes, objets et manières de vivre; après l’ascension jusqu’au lac de Gosainkund où se rassemblent les adorateurs de Shiva, la descente coïncide avec un mouvement vers l’intérieur. Les Sherpas lui semblaient proches des montagnards des Alpes; elle découvre «que leur vie est double et que leur pensée religieuse traite avec un monde subtil où il faut constamment se concilier des forces invisibles». La religion est liée à tous les instants de la vie, et l’auteure s’immerge dans ce qui fonde leur spiritualité bouddhiste – déjà bousculée par les aspirations à la démocratie. Ce testament de voyageuse s’avère un document prenant, qui dialogue avec 65 photos d’Ella Maillart, et est précédé d’une belle introduction de Pierre-François Mettan.

 

Ella Maillart, Au pays des Sherpas, Ed. Zoé, 2017, 144 pp.

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