C’est quelque chose! L’expression trahit la stupéfaction, un sentiment d’admiration ou d’horreur face à ce qui est difficile à croire. Elle donne son titre au premier roman de la Genevoise Fabienne Radi, auteure de plusieurs textes sur l’art contemporain où l’appréhension des œuvres se marie de façon originale à des réflexions très personnelles et à un humour détonant. Qu’on retrouve dans ce bref récit, lauréat du Prix littéraire chênois 2016 sur manuscrit.

Au centre de C’est quelque chose, une maison en lisière d’un bois qui a pour seuls voisins éloignés un couple de paysans. Ce sont Janine et Joseph, justement, qui l’ont vendue à Paul et Suzie, deux jeunes médecins qui y passent leurs week-ends, seuls puis avec leurs jumeaux. Quand Paul ­accepte un poste à Oslo, ils sous-louent la maison à cinq étudiants scandinaves apparemment bien sous tous rapports. Chargé d’y jeter un œil discret, le vieux Joseph découvrira d’étranges pratiques.

Quel est le lien entre des parties de jambes en l’air sur la terrasse, une fosse septique vidangée et un champ qui d’abord s’illumine avant de se couvrir de pissenlits? C’est ce qu’on découvrira dans cette fable drolatique qui oppose la liberté des années 1970 à un monde paysan qui n’a pas bougé. La simplicité de la trame et le sérieux de façade avec lequel Fabienne Radi mène son intrigue sont subtilement minés par un humour élégant. L’auteure a le sens du détail et des décalages subtils, auxquels s’ajoutent de loufoques notes de bas de page où s’expriment des personnages annexes – l’ex-amie de Sven, la sœur de Suzie ou Hugh Hefner, créateur du magazine Playboy. Un petit livre réjouissant qui pose l’air de rien quelques vraies questions.

 

Fabienne Radi, C’est quelque chose, D’autre part, 2017, 90 pp.

https://www.lecourrier.ch/147098/des_moutons_et_des_suedois