Dans le quartier de Châtelaine, au milieu d’un parc hors du temps, se dresse une maison de maître. Sur le mur encadrant le portail, on peut encore lire le nom du domaine: «Châtelaine Vieusseux». C’est dans ce lieu chargé d’histoire que réside Mélanie Chappuis. Dans Un Thé avec mes chères fantômes, elle lui donne vie en dialoguant avec les figures féminines qui l’ont précédée: Michée Chauderon, la dernière «sorcière» brûlée à Genève en 1652, et Emma Vieusseux, artiste et romancière oubliée du XIXe siècle dont les dessins illustrent l’ouvrage aux côtés des aquarelles de Zep, mari de l’auteure. Réhabilitant la mémoire de ces femmes et évoquant les luttes féministes, Mélanie Chappuis s’inscrit dans leur lignée et dans un temps plus vaste. Ce travail de mémoire a déjà débouché sur la réédition, chez Entre fraîche, des Nouvelles d’antan d’Emma Vieusseux. Dans son éclairante introduction, Anne Bruchez fait revivre  quant à elle l’histoire de la région ­genevoise: Châtelaine, c’est d’abord une campagne moyenâgeuse, lieu de villégiature des propriétaires terriens, puis une confortable demeure que la ville entourera peu à peu, l’historienne évoquant aussi sa vigne fameuse, l’installation d’un zoo voisin, le morcellement des terres et leurs différents propriétaires. Et le quartier actuel de Saint-Jean – Charmilles de prendre un nouveau relief. 

Mélanie Chappuis, Un Thé avec mes chères fantômes, Ed. Encre fraîche, 2016, 90 pp. 

http://www.lecourrier.ch/142042/dialogues_de_chatelaines