Marianne Brun aime se glisser dans des univers enfantins tourmentés, dont elle sait restituer la densité, l’inquiétude, mais aussi la fraîcheur et l’imaginaire. Après L’Accident (2014), où une fillette était confrontée au désamour maternel, son deuxième roman donne la parole à Gabrielle, 10 ans, lors d’un décisif été lausannois du début des années 1980.

Un soir, après un coup de téléphone qui la laisse en pleurs et en rage, sa mère quitte avec Gaby l’appartement familial, direction chez Riton, son frère. Révoltée, forte tête, l’attachante fillette n’aura de cesse de retrouver son père. Dépaysée dans ce quartier de béton gris près des abattoirs, elle cherche du ­réconfort auprès de sa fidèle tortue, issue d’un monde qui la dépasse – «Depuis que Dynamite était là, je sentais confusément que je faisais partie d’un grand Tout» –, et se lie bientôt avec ses vieux voisins. Jonas et Solange lui offrent l’image d’un couple tel qu’elle n’en a jamais vu; délicieusement fantasque, pétillant d’humour, taquin, le vieil homme jouera pour elle un rôle crucial.  

L’auteure confronte deux générations laissées-pour-compte dans un monde d’adultes dont Gaby découvrira les failles, les silences et les mensonges. Et c’est dans cette marge, à la fois sociale et urbaine, qu’elle finira par trouver sa place. Comme dans L’Accident, la figure maternelle en prend ici pour son grade. Mais La Nature des choses joue d’une autre tonalité, l’auteure, par ailleurs scénariste et consultante, revendiquant un feel good book. Difficile exercice. Les péripéties s’enchaînent à un rythme sans faille, dans une légèreté qui contraste avec le sérieux du sujet, mais aussi dans une langue sans aspérités.

La Nature des choses doit une grande partie de son charme à son cadre: née en France, Marianne Brun a vécu sept ans à Lausanne et fait revivre avec bonheur la ville des années 1980, ses lieux passés et souvent disparus, ponctuant son récit de références à des détails et événements qui raviront le lecteur – musique, premiers ordinateurs, Tour de France ou mythiques matches de foot… mais aussi des aspects moins reluisants, comme la répression de l’homosexualité. Un roman initiatique en forme de déclaration d’amour à une époque et à une ville en pleine mutation.

 

Marianne Brun, La Nature des choses, Ed. L’Age d’Homme, 2016, 273 pp.

Marianne Brun est au Livre sur les quais, à Morges, du 2 au 4 septembre. www.lelivresurlesquais.ch