C’est justement parce que l’AJAR, c’est «l’infiniment plus que moi, le tellement plus que nous», comme le collectif l’écrit dans la postface de Vivre près des tilleuls, qu’il a pu s’emparer sans l’avoir vécu du délicat sujet de la mort d’un enfant. Le roman est une déclaration d’amour à la littérature qui a le pouvoir de faire surgir un monde – et, ici, une auteure. Ce sont donc diverses sensibilités qui ont ciselé ce récit mosaïque épuré. Ses fragments tranchants disent l’absence et le silence, la solitude d’une mère éperdue qui évoque son impossible deuil au fil de phrases courtes, au présent. Légèrement désuet, le ton est en accord avec l’époque – le tournant des années 1950-60 – et suscite des images sépia.

Le premier jet a été «asséché» et poli, les coupes nombreuses: point de répétitions, aucune lourdeur, une grande unité de style et de belles images loin des clichés. Ce bref opuscule, qui se lit d’une traite, se révèle très tenu. N’est-il pas, justement, un peu trop raisonnable face à l’absolue déraison qu’est la mort d’un enfant? On se prend à souhaiter que le texte déraille, que son rythme presque paisible soit bouleversé par l’urgence, que l’étrange descelle sa structure soignée et ses impeccables liaisons. Mais il est plus difficile, sans nul doute, d’atteindre cette singularité à dix-huit plumes.

L’Ajar, Vivre près des tilleuls, Ed. Flammarion, 2016, 128 pp.

 

http://www.lecourrier.ch/141637/fragments_autour_de_l_absence

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